C'est en 155 avant J.C, que les Romains prirent pied dans notre région et ils s'y maintiendront pendant quelque 600 ans. Les premiers navires de Fréjus venaient de la flotte d' Orient, le port étant commercial et militaire. L’arsenal local coupait les arbres des forêts voisines pour réaliser des galères. Les premiers colons civils étaient les vétérans de la VIII' légion romaine.
A cette époque, la mer recouvrait les Esclamandes, la base aéro-navale et l'actuel Port-Fréjus. Un chenal reliait le vieux port à la mer. Quant aux étangs de Villepey, ils communiquaient largement avec la mer.
L'histoire de Saint-Aygulf-Villepey nous amène à étudier l'origine du nom de Villepey, également écrit Villepeys. L'appellation Villapiscis (Villepey), remonte au XI' siècle et peut se traduire à peu près par pêcherie. Les armoiries de ce territoire "partagé" proviennent de la famille de Brun : ours brun... .
En effet, N. de Brun de Boades, veuve de M. Berthier, bourgeois de Draguignan, avait pour armes : "de gueules à un ours d'or", coupé d'or à un pal de gueules (Ces familles ont, du XIVe au XVIIIe siècle, possédé la coseigneurie de Villepeys). La première chapelle du hameau de Villepey f ut construite avant 1043. Elle était dédiée à Saint-Michel et se situait sur l 'emplacement actuel du domaine du Fournel. Fin du XIV' ou début du XV' siècle, le hameau et la chapelle de Villepey sont détruits. En 1559, une chapelle, dédiée cette fois -ci à Saint-Aygulphe est construite par les Roquebrunois. En 1588, la commune de Roquebrune partage la seigneurie de Villepey avec la commune de Fréjus. En 1643, le comte de Blacas d'Aups achète la seigneurie de Villepey. En 1691, l'évêque de Fréjus revendique la possession des étangs de Villepey. En 1775, les religieux de Montmajour afferment les dîmes qu 'ils perçoivent sur Roquebrune, Villepey et Saint-Aygulf pour 4500 livres. On peut noter que l 'on distingue déso mais Villepey et Saint -Aygulf. Jusqu’en 1789, la procession des Roquebrunois vers Villepey-Saint-Aygulf est escortée par les bravadeurs. En 1905, suite à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, les processions sont interdites. Celle de Saint-Aygulf ne sera reprise qu'en 1982 à l'initiative du Père Christen. La légende locale narre que ce fut dans notre région, dans les parages des étangs de Villepey, que la barque portant Aygulphe martyr, se serait échouée...
Si l'on se réfère au Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastique, deux Saints religieux ont porté le nom d'Aygulphe. L'un mort en 811 ne nous concerne pas. L’autre est né à Blois, quelque 150 ans auparavant, vers 630. Il entra à l'abbaye de Fleury-sur-Loire. Nous ne savons que peu de choses sur la période de noviciat d'Ayoul. Entre l'an 650 et 660 Aygulphus fut envoyé au-delà des Alpes (à Monte Cassino), accompagné de quelques moines afin de récupérer le corps de saint Benoît. vers l'an 664. Il arriva à Lérins où fit preuve de tant d'humilité et d'amour envers les moines égarés qu'il les ramena vite à l'obéissance, et s'employa à relever le Monastère, restaura la discipline et remplaça la règle primitive par celle de saint Benoît en vigueur à Fleury. Aygulphe se porta également sur les besoins spirituels des jeunes vierges qui vivaient dans le monde et qui cherchaient un asile pour abriter leur vertu. Aygulphe releva les ruines d’un monastère situé sur les hauteurs de Saint-Cassien pour les recevoir. Tant de succès, irritèrent certains bénédictins qui l’emprisonnèrent à l’abbaye de Lérins avec une dizaine de moines restés fidèles. On imagine bien comment le monastère fut alors mis au pillage. Aygulphe et ses disciples furent torturés. Il a été écrit qu'on leur creva les yeux, qu’on leur coupa la langue et que, finalement, on les jeta sans provision et misérablement vêtus dans un "vaisseau" poussé à la dérive sur les flots de la Méditerranée.
Comme il était impossible de garder indéfiniment les trente-quatre prisonniers, on décida de les exiler dans une île lointaine, à l'est de la Corse. Mais au cours du voyage, la tempête s'acharna sur le vaisseau. Ce périple s'achève dans une île déserte, Maritima, où les moines auraient été livrés à des pirates qui les mirent à mort. " Ainsi commença le long martyre d e saint-Aygulphe et de ses compagnons; mais en même temps se produisit sans doute le plus grand miracle qui ait marqué sa vie car , après avoir vogué longtemps à la merci des vents et subi les assauts d 'une violente tempête, le bateau s'échoua à Capreja, petite île entre la Corse et l' Italie. Mais ce répit fut de courte durée car les ennemis de saint-Aygulphe organisèrent une expédition. Aygulphe et ses disciples furent transportés dans un îlot voisin où ils furent massacrés par décapitation, vers 675."
Après avoir séjourné à Capreja en Sardaigne, Aygulphe et ses disciples furent décapités par des pirates sur ordre de Colombe vers 675 dans l’île d’Amathune située entre la Sardaigne et la Corse.
Un des captifs, Briconius, n’a pas supporté le martyre comme ses compagnons et, après avoir brisé ses liens, s’empara d’une barque, s’éloigna de l’île et aborda Lérins miraculeusement. Briconius fit à ses frères de l’abbaye le récit des souffrances endurées par Aygulphe et ses amis. L’abbé de Lérins en titre, Aygulphe, étant mort, les frères élirent alors un nouvel abbé. Ce sera Ricomir. Il envoya Briconius prévenir les religieuses du monastère d’Arluc( saint Cassien). Mère Angarisme et Briconius décidèrent que les ossements de tous ces martyrs ne devaient pas être abandonnés sur l’île. Les corps furent retrouvés intacts, à l’endroit où ils étaient tombés. Ils furent placés avec grand respect dans des bateaux. A ce moment, un moine, au bras droit paralysé, en retrouva pleinement l’usage en soulevant un des corps. La traversée jusqu’à l’abbaye fut merveilleuse. Quand les religieuses d’Arluc aperçurent les navires, elles accoururent à Lérins et se précipitèrent aussitôt sur les saintes reliques. L’une d’elles, sœur Glauconie, frappée de cécité, a suivi le groupe. Elle se fit conduire près du corps de Saint Aygulphe, lui toucha le bras droit, l’embrassa et soudain, elle recouvrit la vue. Angarisme, vu ce miracle, demanda le corps de Saint Aygulphe pour son monastère. Ricomir s’y opposa. Le corps du saint restera à Lérins. Mais, plus de 1400 ans après, où sont actuellement les reliques ?
Une des légendes voudrait que ces reliques aient été transférées de Lérins à Saint-Benoît sur Loire lors de l’invasion des Sarrasins en Provence, puis, suite aux incursions des Normands sur les bords de Loire, elles auraient été enterréesdans la région de Provins et enfin mises dans une châsse à Provins même. Que de déplacements !!
Une autre version est que les reliques des saints de Lérins, Honorat, Caprais, Venance, Aygulphe.. sont enfermées dans la chapelle de la Sainte Croix de l’île Saint-Honorat. Mais cette chapelle fut pillée, détruite par les Sarrasins, occupée militairement, vendue comme bien national, restaurée.. Alors ?
Le martyre d’Aygulphe et de ses compagnons fit éclore d’innombrables vocations puisque le monastère de Lérins comptait à la fin du 13ème siècle 3700 moines répartis dans l’île et dans divers prieurés de la région.
En l’église de Saint-Aygulf, existe un petit médaillon avec une relique et l’inscription « Aygulf martyr ». Mais, beaucoup plus important, une véritable relique de Saint Aygulphe a été déposée le 11 avril 2011 dans l’autel majeur de la cathédrale
de Fréjus. Cette vertèbre fut retirée de la châsse de Lérins contenant les restes de Saint Aygulphe et de ses compagnons par l’abbé Alain Boussand, curé de Saint-Aygulf et archiprêtre de la cathédrale. Un parchemin a été joint à la relique.
SAINT-AYGULF : Les Temps Modernes
Le déclin de Villepey
Jusqu’à la fin du 19 ème siècle, notre village qui ne s’appelle pas encore Saint-Aygulf, est le quartier maritime de Villepey. Côté mer, les limites sont définies naturellement. De l’autre côté, le partage entre Roquebrune et Fréjus a été établi à la Révolution. De nos jours, « Bienvenue Roquebrune » et « à Bientôt Roquebrune » nous précisent si l’on est côté Rocher ou côté Arènes. Mais, voilà plus de deux siècles, notre Villepey s’appauvrissait et se dépeuplait lentement. Déjà, les nombreuses invasions et en particulier les dévastations des Sarrazins avaient fait fuir la population. Aussi, les débordements fréquents de l’Argens, les alluvions importantes que le fleuve charrie et qui se déposent en formant des marais pestilentiels, provoquent fièvres, épidémies. Les habitants fuient. Des travaux d’assainissement vont rendre la salubrité vers 1830/1835. C’est déjà trop tard, en 1846 restent seulement 59 personnes. La partie la plus touchée est la plaine, mais le Cap, la Pointe, parties maritimes plus élevées, sont moins touchés par les colères de l’Argens et vont se développer.
La Société Anonyme des Terrains de la Méditerranée
En 1880, dans cette partie maritime seulement quelques familles de pêcheurs-corailleurs, des agriculteurs et des rusquiers y habitent. Le poisson abonde dans la baie et dans les étangs qui communiquent avec la mer, chênes-lièges, résineux couvrent les coteaux. Orangers, citronniers, oliviers sont productifs, la température étant douce.
En 1881, la Société Anonyme des Terrains de la Méditerranée ( SATM) achète 200 hectares de prés, vignes, pâturages dans le quartier de la Pointe du futur Saint-Aygulf. Quinze kilomètres de boulevards sont créés pour aménager un lotissement dans ce site exceptionnel. C’est le début du développement.
Pour remplacer le défunt bac reliant Fréjus, un pont sur l’Argens est envisagé à « la barque » (vers nouveau pont sans doute). Une nouvelle route partant de ce futur pont rejoint le centre du lotissement fin 1881. Toujours avec des financements privés, Félix Martin, maire de Saint-Raphaël, fait réaliser le « boulevard du bord de mer »qui relie le futur Saint-Aygulf à Saint-Raphaël (saint-raph s’intéresse déjà à un quartier de fréjus !!). Des ouvrages en bois, fragiles, enjambent les étangs et l’Argens. Cette liaison fut interrompue en1911 lors de la création de la base aéronavale (base nature maintenant).
En 1889, le chemin de fer de Provence dessert le quartier avec une gare (place de la poste, vers le SI) et une halte « Villepey-Saint-Aygulf-plage ».
Toute cette évolution est favorable à la construction de nombreuses villas. Beaucoup de personnes de renom y font leur séjour d’hiver : les écrivains Alexandre Dumas fils, Guy de Maupassant, Victorien Sardou…, le peintre Albert Rey. Déjà un nom attire tant par sa peinture que par sa maison en construction boulevard Millet : Carolus Duran.
L’Echec
La SATM ne peut créer un réseau d’eau potable. Elle a choisi la société des grands travaux de Marseille mais la ville de Fréjus a d’autres concessionnaires qui s’opposent à la création de ce réseau (ça n’existe pas aujourd’hui !!). Pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de gaz, le développement du quartier est paralysé et, dès 1895, les investissements sont réduits. C’est un échec relatif.
L’Eglise
Devant ces difficultés, la SATM dont Albert Rey est administrateur, offre un terrain de 2600 m² en 1896 pour y construire une église. Coup de pub pour redonner vie au quartier ?
Le coût de la construction est de 18000 francs. La souscription réunit 14600 francs, Albert Rey et la SATM donnent 3433 francs. Carolus Duran est parmi les donateurs. La 1ère pierre de cette chapelle fut posée le 28 août 1898. Celle-ci, rapidement édifiée, Mgr Mignot en fit la bénédiction le 16 avril 1899. A cette occasion, l’évêque a donné la bénédiction nuptiale à M. Charles Bertolus et à Mlle Marie Gros, nièce d’Albert Rey. Cette chapelle agrandie d’un presbytère, devint église paroissiale en 1935. Elle renferme deux œuvres de Carolus Duran : « l’embaumement du Christ (1882) » et « la mort du Christ sur la croix (inachevée) ». Dès 1958, elle est incluse dans l’église actuelle, Notre Dame de l’Assomption.
Quelques Dates importantes pour Saint-Aygulf
-1905 :
* séparation de l’église et de l’état
* une école à une seule classe est ouverte
* le tronçon Hyères-Toulon du chemin de fer de Provence est inauguré.
-1908 : création du Syndicat d’Initiative. Carolus Duran en est le premier président..Son centenaire, en 2008, fut l’occasion d’une grande fête et de l’édition d’un CD.
-1910 : construction du petit « port romain » à la Pointe.
-1922 : une ligne électrique alimente le quartier. L’eau courante est toujours absente mais Fréjus a installé quelques bornes-fontaines.
-1926 le 8 septembre : classement en station climatique. La Société Anonyme d’Exploitation Foncière inaugure le 19 Septembre un théâtre de verdure de 2000 places. Gros succès pour les opéras, beaucoup de spectateurs.
-1929 : Fréjus fournit 15 litres d’eau à la seconde (54 m3 / heure). Le pastis peut être servi !). L’eau provient de la Siagnole.
-1931 : le pont de la Galiote au-dessus des étangs permet par la route du bord de mer de rejoindre Fréjus. Il sera élargi avant d’être centenaire (??....).
-1932 : le train des pignes met 15 minutes pour aller de Saint-Aygulf à Saint-Raphaël.
-1936 : Saint-Aygulf est classé Station Balnéaire
-1939 : deux terrains de camping existent : camping Perroud (actuel camping de Saint-Aygulf-plage), camping des Rives d’Or.
L’administration locale
- En 1921, la poste auxiliaire est ouverte. L’institutrice sera aussi postière jusqu’en 1940.
- A la libération, Saint-Aygulf compte 300 habitants et le quartier va se développer surtout grâce au tourisme.
- Dès 1946, l’école a deux puis plusieurs classes et ensuite l’école Balzac sera construite. Un centre universitaire international de vacances va accueillir 20.000 étudiants pendant 30 ans. Situé en dernier en la villa « Mosella » (les Gémaux 2). Il disparaitra en 1976. Un lycée annexe du 1 er cycle avec internat pour 200 élèves sera ouvert dans ce centre de 1960 à 1976 suite à la rupture du barrage du Malpasset.
- La gare est abattue en 1958 et un bureau municipal est ouvert en 1963.
Les catastrophes naturelles
Des incendies importants vont ravager tout ou partie de la forêt en 1923, 1942, 1946, 1958, 2003. Des hivers rigoureux avec jusqu’à 50 cm de neige en 1956, la tornade de 1932 vont provoquer de gros dégâts. Mais la plus grande catastrophe qui a touché notre ville est la rupture du barrage de Malpasset. Le 2 décembre 1959, vers 21 heures, le barrage cède et des milliers de m3 d’eau vont se déverser. Dans notre quartier, des Grands Châteaux aux Esclamandes, c’est la désolation. Le pont de la Galiote est ébranlé, la RN98 est coupée, déchiquetée sur 500 m aux Esclamandes, la plage est emportée, les dunes de sable ont disparu, la mer communique avec les étangs par un bras de 50 m de large, les canalisations d’eau sont arrachées, les lignes électriques sont coupées……Très rapidement, des mobilisations exceptionnelles permettent dans la douleur de secourir, consoler, alimenter, déblayer, reconstruire, replanter, ….et de redonner vie à ces quartiers.
Mais le cycle continue. Les pluies diluviennes de ces dernières années ont, comme dans les siècles passés, provoqué les débordements ravageurs de l’Argens. Que faire ?
Saint-Aygulf et la Littérature
Déjà en 1888, Stephen Liegeard vantait la beauté de la forêt de notre quartier dans son ouvrage « La Côte d’Azur ».
Dans L’illustration économique et financière de 1927, la station est décrite comme la plus belle de la côte des Maures. La douceur de son climat, sa belle plage de sable y étaient vantées. Le docteur Donnadieu qui résidait dans sa villa « Mosella », a comparé le golfe de Fréjus vu de Saint-Aygulf au golfe de Naples dans la côte des Maures 1932.
Mais le plus bel hommage au quartier est rendu par Guy de Maupassant qui rendait visite souvent à la famille Siegfried au domaine des Grands Châteaux .Il décrit l’Argens, les roseaux, les oiseaux aux grands pieds et au long bec, les dunes, le silence sur les étangs, l’eau jolie, limpide….et aussi le crépuscule sur les étangs : les nuées d’or, de sang, nuées de feu qui tombent sur ce miroir calme. Sur son voilier, le Bel Ami, il était envouté par la beauté de cette « petite Camargue ».
Articles du Journal l’ AYGULFOIS ( N°24 à 28 ) Inspiré du livre du Syndicat d’initiative :
Saint Aygulphe « Côte d’Azur » ( en vente au bureau du SIOT )